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Pétition des historiens italiens
Mardi 30 janvier 2007

Pétition des historiens italiens. "Contre le négationnisme, pour la liberté de recherche", janvier 2007.

Le ministre de la Justice Clemente Mastella, selon ce qui est prévu par les médias, proposera un projet de loi qui devrait prévoir la condamnation, et même l’emprisonnement, pour ceux qui nient l’existence historique de la Shoah. Le gouvernement Prodi devrait présenter ce projet lors de la Journée de la mémoire.

En tant qu’historien et en tant que citoyens nous sommes sincèrement préoccupés que l’on cherche à affronter et à résoudre un problème culturel et social certainement important (le négationnisme et sa possible diffusion surtout parmi les jeunes) au moyen d’une pratique judiciaire et au moyen de la menace d’emprisonnement et de condamnation.

Exactement au cours des derniers temps, le négationnisme a été trop souvent au centre de l’attention des médias, en en accroissant inévitablement et de manière contre-productive l’écho.

Substituer à une bataille nécessaire culturelle, à une pratique relevant de l’éducation, ainsi qu’à la tension morale nécessaire afin de bâtir une compréhension commune et une conscience éthique appropriée de la vérité historique de la Shoah, une solution fondée sur la menace de la loi, nous semble particulièrement dangereuse pour différentes sortes de raisons :

On offre aux négationnistes, comme cela s’est déjà passé, la possibilité de s’ériger en défenseur de la liberté d’expression ; on se refuserait de contester et démonter leurs positions en les sanctionnant au plan pénal.

On établit une vérité d’Etat dans le domaine de l’histoire (du passé historique), ce qui risque de délégitimer cette même vérité historique, et, au contraire, d’obtenir le résultat opposé à celui espéré. Chaque vérité imposée par l’autorité étatique (« l’antifascisme » de la RDA - République démocratique allemande ; le socialisme dans les régimes communistes, le négationnisme du génocide arménien en Turquie, l’inexistence du massacre de la place Tienanmen en Chine) ne peut que miner la confiance dans le libre affrontement des positions et dans la libre recherche intellectuelle historiographique et intellectuelle.
On accentue l’idée, assez débattue parmi les historiens, du « caractère unique de la Shoah », non pas en tant qu’événement particulier, mais comme incommensurable et non comparable avec tout autre événement historique, le mettant, de fait, en dehors de l’histoire ou au sommet d’une prétendue classification des maux absolus du monde contemporain.

L’Italie qui fait encore tant silence ou preuve d’omissions sur son propre passé colonial, devrait s’engager à favoriser avec tous les moyens que l’histoire récente et ses crimes deviennent partie de la conscience collective, et cela à travers les initiatives les plus diverses et des campagnes d’éducation.
La voie de la vérité historique d’Etat ne nous semble pas utile pour faire face à des phénomènes – souvent liés à des déclarations négationnistes (certainement graves et dangereuses) – d’incitation à la violence, à la haine raciale, à l’apologie des délits répugnants et des offenses à l’humanité. Pour ceux-ci existent déjà, dans notre ordre juridique, des articles de lois suffisants pour poursuivre des comportements criminels s’ils devaient se manifester sur ce terrain.

C’est à la société civile, au moyen d’une bataille culturelle continue, d’une bataille éthique et politique, que l’on peut créer les uniques anticorps capables d’extirper ou, au moins, de réduire et marginaliser les positions négationnistes. Que l’Etat aide la société civile, sans se substituer à elle avec une loi qui risque d’être inutile ou, pire, contre-productive.

Marcello Flores, Università di Siena, Simon Levis Sullam, Università di California, Berkeley Enzo Traverso, Università de Picardie Jules Verne David Bidussa, Fondazione Giangiacomo Feltrinelli Bruno Bongiovanni, Università di Torino Simona Colarizi, Università di Roma La Sapienza Gustavo Corni, Università di Trento Alberto De Bernardi, Università di Bologna Tommaso Detti, Università di Siena Anna Rossi Doria, Università di Roma Tor Vergata Maria Ferretti, Università della Tuscia Umberto Gentiloni, Università di Teramo Paul Ginsborg, Università di Firenze Carlo Ginzburg, Scuola Normale Superiore, Pisa Giovanni Gozzini, Università di Siena Andrea Graziosi, Università di Napoli Federico II Mario Isnenghi, Università di Venezia Fabio Levi, Università di Torino Giovanni Levi, Università di Venezia Sergio Luzzatto, Università di Torino Paolo Macry, Università di Napoli Federico II Giovanni Miccoli, Università di Trieste Claudio Pavone, storico Paolo Pezzino, Università di Pisa Alessandro Portelli, Università di Roma La Sapienza Gabriele Ranzato, Università di Pisa Raffaele Romanelli, Università di Roma La Sapienza Mariuccia Salvati, Università di Bologna Stuart Woolf, Istituto Universitario Europeo, Firenze.