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Accueil Actualités À propos du juge Garzón : échanges entre Pierre Nora et Bartolomé Bennassar
À propos du juge Garzón : échanges entre Pierre Nora et Bartolomé Bennassar
Dimanche 26 septembre 2010

Lettre de Pierre Nora à Bartolomé Bennassar (14 avril 2010)

Cher Bartolomé Bennassar,
Je suis sollicité de divers côtés pour prendre position dans l’affaire du procès du juge Garzón. Mon avis n’est pas totalement éclairé, et je m’interroge sur l'attitude à adopter par l’association Liberté pour l’histoire que je préside. Spontanément, je serais plutôt très prudent.

Vous qui avez signé l’Appel de Blois et qui connaissez si bien ces problèmes, je serais content de savoir à titre tout personnel ce que vous en pensez. Même en quelques lignes. Pardonnez-moi cette initiative. Elle vous prouve mon attention et mon estime.
Merci d’avance,
Pierre Nora

Réponse de Bartolomé Bennassar (21 avril 2010)

Cher Pierre Nora,
Je n’ai pas voulu vous répondre avant d’avoir consulté un ami espagnol en qui j’ai toute confiance et qui achève d’ailleurs un livre sur les Mémoires de l’Espagne.
Je comprends votre réserve. Avant de vous répondre je voulais m’assurer que les poursuites engagées par le juge Garzón concernaient des personnes et des affaires qui relèvent de la loi d’amnistie du 30 juillet 1976, votée en 1977… Aller contre cette loi et son esprit est dangereux. Je sais bien qu’en 2008 le comité des Droits de l’homme de l’ONU a demandé à l’Espagne d’abroger sa loi d’amnistie, ce qu’elle n’a pas fait, avec sagesse à mon avis. Les hiérarques ou exécutants rescapés du franquisme ne seraient d’ailleurs pas seuls à risquer des poursuites pour crimes contre l’humanité. Ainsi, Santiago Carrillo qui était alors chargé de la Sécurité pourrait être poursuivi pour les massacres de Paracuellos del Jarama. Il me semble qu’on risque de ressusciter les deux Espagne inconciliables, et ce que j’entends ici ou là évoque parfois une nostalgie de la « pureté de sang ».
Cela dit, les poursuites engagées contre le juge Garzón me paraissent excessives. Il eût été normal de lui faire valoir qu’une telle enquête n’était pas de sa compétence et allait contre une loi d’amnistie toujours en vigueur, sans pour cela le traduire en justice pour des chefs d’accusation curieusement formulés.
En bref, s’il s’agit de soutenir le juge Garzón pour que l’accusation contre lui soit retirée ou qu’il soit acquitté, cela peut se concevoir. S’il s’agit de légitimer l’enquête qu’il voulait engager contre les crimes franquistes non, car c’est ouvrir la voie à des règlements de comptes qui concerneront tous les Espagnols et détruire l’œuvre de pacification de la Transition.
Amicalement,
Bartolomé Bennassar