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Accueil Actualités Hervé Gaymard, Pour l’Arménie, contre la loi
Hervé Gaymard, Pour l’Arménie, contre la loi
Mercredi 29 février 2012

L’été de mes quinze ans, deux livres me feront voir le monde d’une autre façon, Si c’est un homme, de Primo Levi et Un génocide exemplaire : Arménie 1915, de Jean-Marie Carzou. Dès lors la shoah ne cessera de me hanter, ainsi que le génocide arménien, que ma mémoire fredonne sur l’air de Ils sont tombés du grand Aznavour. Je l’évoque dans mon petit Pour Malraux, paru en 1996. Je conserve, comme une relique, Sissouan ou l’Arméno-Cilicie, le mémorial, acheté naguère au Caire, publié par les Frères de Saint-Lazare de Venise après les massacres de 1895, que j’ai fait reproduire à quelques exemplaires pour Pascal Carmont, notre ancien Consul Général à Alexandrie, auteur des Amiras, et pour d’autres amis qui se reconnaîtront.

J’ai exhumé un ouvrage peu connu du Général de Gaulle, Histoire des Troupes du Levant, où il évoque notre Armée de Cilicie qui s’est fait tailler en pièce jusqu’en 1921 pour protéger les Arméniens qui étaient demeurés dans leur pays. Ce texte vient d’être édité comme le prolongement naturel de La France et son Armée. On aura compris que j’ai toujours été un sympathisant engagé de la mémoire arménienne.

Pourtant, si j’avais été à Paris plutôt que dans ma circonscription savoyarde, en cette avant-veille de Noël –ou presque- où la proposition de loi de mon amie Valérie Boyer que je respecte et que j’admire à maints égards, avait été inscrite subrepticement à l’ordre du jour de l’Assemblée Nationale, je ne l’aurais pas votée. Et j’ai cosigné le recours devant le Conseil Constitutionnel.

Pourquoi ?

Par indifférence au génocide arménien ? Assurément pas.

Par peur de la Turquie ? Pas davantage. Il ne faut jamais renoncer à être juste par peur des réactions. Je me souviens de ces chefs de grandes entreprises françaises qui conchiaient Jacques Chirac en 2003, au motif que sa position sur l’aventure américano-britannique en Irak, leur fermeraient les marchés fabuleux de la reconstruction qui ne tarderaient pas, après quelques semaines d’une promenade militaire de quelques mois, gagnée d’avance… On connaît la suite. Je n’ai par ailleurs jamais compris que la Turquie ne reconnaisse pas l’évidence et la réalité du génocide, d’autant que le triumvirat de Jeunes Turcs, Talaat, Djemal et Enver Pacha, qui en est à l’origine, signe l’Empire finissant, et non la République Kémaliste, fondée sur des bases radicalement nouvelles. La Turquie contemporaine s’honorerait tout simplement de reconnaître ce qui fut, au lieu de s’enferrer dans le déni, et d’exercer ces pressions sur son territoire, comme à l’étranger, sur les historiens et les chercheurs pour nier plus d’un siècle après que 1,2 million d’Arméniens sont morts par préméditation, ce qui s’appelle un génocide.

Par juridisme intempestif ? Laissons le Conseil Constitutionnel trancher. A lire les constitutionnalistes, qui ne sont pas toujours convaincants, on sait le sujet complexe, notamment dans ses interférences avec le droit européen. Il sera ntéressant de voir la position de notre juridiction constitutionnelle sur ce sujet. Étant entendu que l’on sait bien qu’il n’est pas d’abord juridique. C’est si vrai qu’il n’existe pas même en Arménie une loi équivalente. On ne peut pas reprocher aux parlementaires, surtout quand ils ont l’impression d’avoir été mis devant le fait accompli, d’user de leurs prérogatives. J’ajoute que l’inconstitutionnalité éventuelle de la loi ne signifie évidemment pas que les allégations turques deviendraient légales.

Par naïveté politique ? La censure de ce texte serait donc un désaveu pour Nicolas Sarkozy, et point pour François Hollande ? Allons donc ! Ce texte d’origine socialiste a été endossé par la majorité, et approuvé par tous. Comment imaginer que les partis politiques, dont aucun n’a demandé le scrutin public au moment du vote de la loi, puissent être d’une telle légèreté sur un dossier aussi grave ? Tout le monde aura à gagner, que même animés par les meilleures intentions du monde, tombent les faux-semblants.

Non. Je pense tout simplement qu’il ne revient pas au Parlement d’écrire l’histoire. Dans cette grande querelle, j’ai toujours dit et écrit que ma position était celle exprimée par Pierre Nora, ainsi que Françoise Chandernagor. C’est d’ailleurs la conclusion d’une récente mission d’information de l’Assemblée Nationale, exceptionnellement présidée par le Président de l’Assemblée Nationale, Bernard Accoyer.

La question arménienne n’est pas historique, ni mémorielle. Même si le Parlement pourrait voter une résolution, comme l'a préconisé le rapport Balladur sur la réforme de la Constitution.

La question arménienne est politique. La solution est donc diplomatique. Les chancelleries doivent en faire une exigence dans leurs relations avec la Turquie, de la même manière qu’on exige l’abolition de la peine de mort, et que l’on devrait exiger qu’elle lève le blocus qu’elle impose à la République d’Arménie.

La liberté, la responsabilité et la cohérence ont toujours été les lignes de force qui ont déterminé mes votes à l’Assemblée Nationale. Sur cette inutile polémique, je ne m’en suis pas départi.

Hervé GAYMARD

 

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